Avez-vous déjà vécu un instant que vous savez comme éternel ? Avez-vous déjà vu votre vie changer à la suite d`une rencontre, ou d`un moment qui s`écoule ? On sait qu`il est des instants qui se figent, bravant l`ordre du temps. À l`époque, je m`appelais égoïsme, soutenu par l`identité de Tom Kaulitz. J`étais un cliché même de la rock star. Je couchais, je jouais, je vivais. Orgueilleux, vaniteux & indifférent. J`allais de concert en concert, et de lit en lit. Le succès était devenu un mode de vie, les excès une gourmandise. Je devenais un garçon qu`aujourd`hui je regrette presque. Mon ego était mon défaut, et mon sourire n`avait d`autre but que de séduire ou de convaincre. Petit à petit, je m`enfermais dans une image parfois péjorative du guitariste dragueur, un peu trop enfoui sous l`absurdité de ce monde pailleté. Nous clamions, avec mon groupe, notre distinction des autres. Et pourtant, nous restions dans un même univers. Celui du rythme, des concerts, des hôtels et de l`argent. Nous pensions être uniques, singuliers, chanceux, & nous n`étions que des pions. Des jouets de plus dans les mains du destin. Notre vie nous paressait merveilleuse, mais nous ne savions pas qu`elle était plus que çà. Capricieux et supérieurs, nous avancions à travers la vie avec des yeux ambitieux. Cette même ambition qui nous conduisit à New-York, ville de tous les orgueils. Conquérir le public américain était notre dernier rêve. C`était l`achèvement de notre montée sociale, de notre réussite. Mais nous n`étions que des adolescents, juste un peu plus chanceux que d`autres. Du moins, le pensions-nous.
Jetés dans cette grandeur, nous pouvions enfin sortir et marcher librement. Les rues ne semblaient plus agressives et nos rires pouvaient retentir parmi les murs. Cependant, à trop vouloir, nous avons perdu. Bill et moi avions décidé de sortir, une nuit, pour admirer les feux de New-York. Cependant, de curiosité en curiosité et d`émerveillement en émerveillement, nous avons fini par perdre notre chemin. C`était la deuxième fois que Bill se perdait. La fois précédente, avec Georg, ils s`étaient éloignés jusqu`à un quartier chinois de Chinatown. Notre impuissance nous explosa à la gueule. C`est à ce moment là que notre vie bascula.
. . .
- On est perdu Bill. Je sais que tu as la fierté mal placée, mais accepte au moins qu`on a aucune idée de l`endroit où l`on est.
Je l`entend grogner, et le laisse s`avancer plus rapidement, les mains dans les poches. Il est fatiguant, parfois, alors je décide de laisser passer. Je n`ai pas envie de me prendre la tête avec lui, en pleine nuit, en plein New York. Merde. La différence avec l`Allemagne est stupéfiante. Au moins, dans notre pays, tout est en allemand. Ici, les langues sont tellement mélangées qu`on ignore parfois où l`on est. Bill est devant moi, et semble chercher un quelconque repère. Je n`en vois pas, je ne cherche pas. On devrait appeler un taxi, ce serait largement plus rapide. Mais l`abruti, qui me sert accessoirement de frère jumeau, refuse de payer un taxi pour un petit détour. Détour nous ayant mené en terre inconnue, soit dit en passant. Le quartier devient cliché. Un petit cours d`eau, et un terrain de basket. Des bungalows comme habitation et des bruits de verre cassé. Au fond, je ne me sens pas à ma place ici, un peu comme ci je n`étais pas à mon aise.
- Eh, les filles, vous êtes perdues ?
Je me retourne le premier, Bill imitant mon geste. Sur un banc, on découvre à travers l`obscurité deux jeunes filles. Un sourire malicieux aux lèvres, elles nous observent, assises sur le dos du banc. La première a les cheveux noirs et les yeux maquillés de façon cendrés. Habillée comme dans les ghettos, j`observe ce monde qui m`obsède. On la croirait tirée des clips de Hip Hop. Elle semble à la fois stéréotypée et différente. L`autre semble plus distincte. Les cheveux bruns virant au roux, et le maquillage prononcé, elle semble mener les mots avec une particulière aisance.
- Ouais.
Bill a répondu, optant pour la même malice. Je partage son sourire et m`avance avec lui. Les filles nous apparaissent alors plus distinctement. Elles sont différentes du genre de filles que l`on voit ou fréquente. Elles me rappellent l`univers musical que je préfère. Baggy, et chaussures semblables aux miennes, seuls leurs maillots semblent moulants. Nous nous observons les uns et l`autres. La rouquine porte un piercing identique au mien. Labret décalé, même anneau. L`autre semble davantage extravertie. Posés devant elles, elles nous regardent avec la même intensité que nos regards. On sourit. Elles nous fascinent déjà. La seule lumière de la pleine lune éclaire le terrain de basket. La brune lance le ballon, dans un sourire. Habilement, Bill le récupère. Autres sourires.
La nuit sera longue.
______ +Point de Vue de Delia+
- J`aime bien ton pantalon, chéri. Tu l`as trouvé chez copines.and.cie ?
L`androgyne me fixe. Je le teste. Cette assurance, placée dans mes mots, le fait hausser un sourcil. Cependant il me rend mon sourire, aussi provocateur. En un regard, Maëlys et moi nous nous comprenons. Le test continue. On a l`habitude, ici. On règne sur l`endroit comme des reines. On surplombe ce monde et on le digère. Les gens nous respectent, et le mérite est la priorité. Tout est une question de force. Si tu gagnes, tu restes. Si tu perds, t`es dans la merde. Je lance un regard à Maëlys. Elle acquiesce, et prend ma succession. Se levant, elle s`approche d`eux et tourne autour du dreadé dans un sourire. Du gibier. Nous sommes des vautours. Sûre d`elle, comme dans chacun de ses mouvements, elle se replace à mes côtés, soutenant leurs regards. Je rigole silencieusement et observe leur réaction.
- Un match. Les premiers, arrivés à trente. Cinq points d`écart. Si vous gagnez, on vous montre le chemin.
La voix de Maëlys brusque le silence. Je me joins à elle, me levant à mon tour, sans attendre que l`un des deux ne réplique. Je me place à ses côtés, aussi fière et dominatrice qu`elle. Un sourire, une compréhension. Nous sommes deux, face à deux. L`immensité de la nuit est à nous. Ma malice, l`espièglerie et la domination. Je cherche l`amusement. Ils y répondent. Le calamar croise les bras en me regardant, je fais de même. On se défie du regard.
- Dernière chose. C`est du basket de rue. Ici, tout est permis.
Ma voix leur parvient à nouveau. Je peux sentir le sourire de Maëlys, ce qui agrandit le mien. Les deux autres se regardent. Celui aux cheveux noirs roule les yeux et se retourne vers nous, provocateur. Ils semblent d`accord. Nous ignorons tout d`eux, ou de leur statut. On ne connait rien d`eux, ni même de leur notoriété. Ils sont juste un passe temps, des adversaires. Provocation. Oui, tout est question de provocation. De défi. Dans un monde où le meilleur gagne. Première règle de vie. C`est marche ou crève. Pas le temps de s`attacher.
- Ok.
Une réponse sèche, et Maëlys acquiesce une seconde fois. Il fait noir et notre vision est réduite. Le jeu n`en est que plus intéressant. Nous avons l`habitude. Le garçon nous renvoie le ballon, et je l`attrape. Mes mains le mènent directement dans un panier. Maëlys et moi connaissons notre jeu par coeur, ayant passé de trop nombreuses journées sur ce terrain. Je devine ses gestes comme elle anticipe les miens. Notre force est d`être unies. D`être l`une, comme l`autre. Leur sourire se forge. Le jeu sera amusant. Le ballon revient au dreadé. Il semble y avoir une musique sonore. Tape, dribble et frappe. La force, c`est l`union. Ils sont jumeaux, nous l`ignorions. Le ballon passe, traverse, et file. Le temps s`écoule et les paniers se succèdent. Ils sont bons. Les rires s`enchaînent. On devine une autre complicité. Le dreadé s`amuse à tenter de déstabiliser Maëlys. Il lui prend le ballon, et entraîne son compagnon à l`autre bout. Maëlys courre, lui claque la fesse et reprend le ballon. Pas de règles. Freiheit. Elle lance le ballon, panier. Ma main claque dans la sienne, et on reprend.
______ +Point de Vue de Tom+
Elles sont douées. Le ballon passe successivement de nos mains aux leurs dans un mouvement gracieux. Elles marquent, nous marquons. Très vite, l`égalité nous prend au cou. Pourtant, nous parlons peu. Nous séduisons, nous plaisantons, nous jouons. Tout est dans le regard, dans les gestes. Les paroles sont très souvent inutiles. La nuit nous berce, et le ballon rebondi sur le sol. Je souris, et attrape le ballon. Bill est un peu plus loin, et me regarde. J`acquiesce. Les jambes écartées, légèrement penché, je sais que s`il l`attrape, il marque, et nous gagnons. Mais le regard féroce de la rouquine me fait hésiter. Si elle saute, elle risque de l`attraper. Sauf si je saute plus haut qu`elle. Je souris, lance un regard à Bill, et pars sur la gauche. La jeune américaine est surprise, s`attendant à me voir sauter. Elle rigole et tente de me rattraper, mais peine perdue. Je lance le ballon à Bill, qui marque le panier. Clap de fin, nous avons gagné. Je m`approche de la brunette et saisis la main qu`elle me tend
- Gagné, dis-je en un sourire
- J`avoue. Bravo, c`est rare de nous battre. Vous cherchez quel quartier ?
- Celui des riches (H), lance Bill en s`approchant de nous
Elles ignorent tout de nous. J`ai l`impression de revenir des années en arrière, quand nous étions encore des adolescents normaux, perdus dans l`immensité de l`inconnu. Je nous revois à nos débuts, où nous pouvions encore marcher dans la rue sans un cri, sans un sentiment de danger. Je souris, cette idée me plait. Nous sommes bien, ici, à ne plus être Tokio Hotel, mais juste Bill & Tom. Je regarde Bill, et lui sourit. Je sais qu`il pense comme moi. Cette nuit, ce terrain, l`éternité.
- Je m`appelle Bill, & lui, c`est mon jumeau, Tom
- Jumeaux ? La ressemblance est ... frappante x]
Je rigole. On se ressemble plus que les gens ne peuvent le croire. Je les observe rire. Elles sont vraiment belles. Ca me fait sourire, cette presque innocence. Nous attendons leurs prénoms, et elles se taisent, malicieusement. La rouquine, les yeux rivés au sol dans un sourire, relève peu à peu ses yeux.
- Je m`appelle Delia, et voici Maëlys.
Nous acquiesçons. Jolis prénoms. Une douce consonance, et une mélodie délicatement crée. Je repense à leur oubli. Nos noms leur sont inconnus. Elles ne savent pas qui nous sommes, et nous en sommes satisfaits. Drôle renversement. La simplicité nous étonne, mais nous plait. Nous avons grandis trop vite, pensions-nous. Elles étaient pires. Désillisionées à l`enfance, perdues dans une réalité inadaptée. J`observe Delia sortir un marqueur de la poche de son baggy, dans lequel elle nage presque, et signer le ballon.
Je souris et récupère le ballon qu`elle me tend.
- À charge de revanche. Vous n`avez qu`à remonter la longue avenue devant vous, jusqu`au vendeur chinois. Tournez à droite, et remontez la rue. Vous devriez retrouver votre quartier.
- Merci, lança Bill. Pour la partie et pour l`information x]
Elles sourient, et nous tournant le dos, s`éloignent jusqu`au fleuve. Nous observons quelques secondes leurs silhouettes s`éteindre dans la nuit, et remontons alors l`avenue. Silencieux, nous revivons chacun de notre côté le match, toujours avec le ballon comme souvenirs. Ca fait du bien, de ne plus être Tokio Hotel. Ca fait tellement de bien d`être Humain.
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Et voilà le premier chapitre <3
Maëlys & Delia sont introduites, et Gus`& Georg sont loin d'être oublié.
Si vous voulez un apperçu des filles, Da`
Si vous pouviez nous donner vos impressions ;p
( Oui, oui, on est deux filles. On est deux meilleures amies & tralalaboum xD )